Formations pour jeunes

Un pays-solution… sous pression

La RDC est au cœur de la lutte mondiale contre la déforestation.
Elle se présente comme un « pays-solution » pour le climat.
Cependant, sur le terrain, les moyens manquent pour encadrer l’expansion agricole qui fragilise ses forêts. Le défi est clair : former une nouvelle génération capable d’accompagner la transition vers une agriculture résiliente, durable et compatible avec la protection des forêts.

Une jeunesse immense, un système éducatif fragile
Avec près de 65 % de sa population âgée de moins de 25 ans, la RDC est l’un des pays les plus jeunes au monde. Pourtant, le système éducatif reste sous-financé et inadapté aux réalités rurales. La qualité de l’enseignement, l’encadrement et les moyens disponibles ne permettent pas encore de répondre aux enjeux agricoles et environnementaux du pays.

Investir dans la formation rurale de proximité n’est pas une option. C’est la condition
de tout développement durable. C’est un enjeu local, national et planétaire.

Selon le diagnostic pays de la Banque Mondiale (2018) : « le renforcement des capacités humaines et l’amélioration des conditions de travail des personnels dans les régions reculées est la condition n°1 pour que la RDC soit à même d’adopter une stratégie de développement résiliente et de croissance durable » . On estime que 65% de la population congolaise actuelle (de l’ordre de 100 millions) a aujourd’hui moins de 25 ans, et est donc théoriquement en âge d’être prise en charge par le système national d’éducation et d’enseignement supérieur. Le système formel d’enseignement qui comprend approximativement 70.000 institutions d’enseignement primaire et secondaire (Banque Mondiale, 2015) et un millier d’institutions d’enseignement supérieur (MINESU, 2019), demeure cependant largement sous-financé, malgré les engagements récents des autorités du pays pour la gratuité de l’enseignement. Les dépenses publiques réelles en faveur du secteur de l’enseignement ne sont en réalité que de l’ordre de 600 à 700 millions de dollars, soit le quart de ce qui était requis pour que la stratégie sectorielle de l’éducation pour 2016-2025. La gouvernance du secteur par ailleurs est sujette à caution, et la qualité même des enseignements dispensés (quand ils le sont effectivement) est un défi au moins aussi important que ceux du financement et de la gouvernance du secteur. Les défis structurels pour une organisation basique du secteur de l’enseignement sont déjà, eux-mêmes, gigantesques en RDC.

Les formations rurales actuelles prennent encore trop peu en compte la gestion durable des ressources naturelles. Il est urgent de repenser les cursus pour accompagner les producteurs familiaux vers des pratiques qui protègent les forêts, dans un pays où la population croît rapidement.

En milieu rural, les familles sont nombreuses et chaque enfant est accueilli comme une bénédiction. Mais sans éducation adaptée – notamment pour les filles – et sans perspectives locales solides, cette vitalité démographique accentue la pression sur les terres. Former autrement devient une nécessité pour réconcilier développement et préservation.

Sans éducation adaptée ni vision rurale claire, les jeunes quittent massivement les campagnes. Faute d’encadrement et de perspectives, ils migrent vers des villes comme Kinshasa, où la croissance est rapide mais désordonnée. Ces centres urbains, déconnectés des territoires ruraux et dépendants des importations alimentaires, peinent déjà à offrir des emplois. Or, les besoins sont immenses et les économies, trop dépendantes des matières premières, ne pourront absorber toute cette jeunesse. Sans transformation profonde du monde rural, le risque est clair : du chômage massif à l’exil, la promesse démographique peut devenir une impasse.

L’exode rural vide les campagnes de leurs forces vives. Restées seules face à la pauvreté, les familles exploitent la forêt pour survivre, réduisant peu à peu ce patrimoine vital. Faute d’alternative, la pression démographique demeure forte, dans un continent où la population continue de croître alors qu’ailleurs elle décline. La vie
rurale reste peu valorisée. Pourtant, sa reconstruction passe par une dynamique choisie et portée par les communautés elles-mêmes, dans le respect de leurs cultures et de leurs territoires. ONG locales, organisations communautaires et défenseurs des peuples autochtones peuvent devenir des relais essentiels, en lien avec les centres de recherche et les universités.

Renforcer les coopérations Nord/Sud et Sud/Sud est indispensable. Reste une question centrale :
Comment initier une réforme ambitieuse de la formation agronomique et rurale, adaptée aux défis climatiques et aux réalités du terrain ?

La RDC et ses partenaires réunis au sein de l’Initiative pour les Forêts du Bassin du Congo se sont engagés dans un partenariat de dix ans pour stopper la perte des forêts et promouvoir un développement rural inclusif.

Mais ces ambitions ne pourront devenir réalité sans un système de formation solide et adapté aux défis climatiques. Former des techniciens et leaders sociaux, capables d’accompagner le monde rural est la condition pour améliorer la sécurité alimentaire, augmenter les revenus et préserver les écosystèmes. L’enjeu est clair : faire de l’agriculture familiale durable – respectueuse des forêts et des tourbières – un véritable moteur de développement, en renforçant la place des femmes, des ménages ruraux et des chaînes de valeur locales.

La RDC et ses partenaires internationaux regroupés dans l’Initiative pour les Forêts du Bassin du Congo (CAFI) se sont engagées, à l’occasion de la COP 26, dans un partenariat de 10 ans pour un développement vert (2021- 2031), « dans l’objectif d’arrêter et d’inverser la perte de forêts et la dégradation des terres d’ici 2031, tout en assurant un développement durable et en faisant la promotion d’une transformation rurale inclusive ». Assurer un développement durable et promouvoir une transformation rurale inclusive, ne pourront être assurés que si un cadre général de formation et des cursus d’enseignement adaptés sont développés et effectivement déployés afin de permettre au pays de disposer des capacités nécessaires d’encadrement du monde rural. La RDC s’est engagée à poursuivre les objectifs d’améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations, augmenter les revenus des populations rurales, maintenir les conditions agroécologiques de la production agricole à travers une agriculture durable et respectueuse des forêts et de l’environnement. Promouvoir l’agriculture familiale durable compatible avec la préservation de la forêt et des tourbières en tant que moteur de développement du monde rural pour renforcer la sécurité alimentaire et améliorer la chaine de valeur agricole, par l’autonomisation des femmes et des ménages.

Accompagner les communautés locales et les peuples autochtones dans la gestion des forêts doit ouvrir la voie à de nouveaux modèles agricoles, capables d’accéder à la finance carbone pour reconnaître et valoriser le travail de préservation. Cette transition ne peut se faire que dans l’écoute, l’humilité et le respect des modes de
vie.

Aujourd’hui, de nombreux jeunes – en Afrique, en Europe et dans les diasporas – aspirent à redonner sens à leur engagement, à renouer avec les savoirs endogènes et le lien à la terre. Pour transformer cet élan en réalité, il faut rendre le monde rural attractif : développer des formations solides, créer des métiers verts concrets et renforcer les instituts ruraux afin qu’ils deviennent de véritables moteurs d’avenir.

Le cri des mères rurales : ancrer la famille et l’avenir de la communauté dans la dynamique de développement du terroir

La diaspora africaine, forte et engagée, peut jouer un rôle clé. Elle porte une exigence nouvelle : des partenariats plus cohérents, plus équitables, tournés vers le long terme. L’Europe dispose d’expertises précieuses, mais celles-ci doivent s’inscrire dans une vision harmonisée et respectueuse, au service d’un véritable développement durable. L’avenir repose sur des actions sans paternalisme, fondées sur la prise en main par les communautés locales et les peuples autochtones de leurs ressources et de leurs territoires. La gestion des forêts communautaires, l’agriculture sédentarisée et une gouvernance participative en sont les piliers.

Enfin, les financements climatiques et la finance carbone doivent parvenir directement aux communautés ( ce qui n’est pas le cas actuellement). C’est à cette condition qu’elles pourront restaurer leurs terres, protéger la biodiversité et transformer la préservation des forêts en opportunité de développement durable.

Former les jeunes à s’engager dans leurs terroirs est un enjeu majeur.
Aujourd’hui, la vie rurale est peu valorisée. Pourtant, elle peut devenir un espace d’avenir, si elle est reconstruite avec les communautés, dans le respect des cultures, des territoires et des équilibres locaux. Cette renaissance passe par une réappropriation collective du monde rural : redécouvrir les savoirs endogènes, renforcer le vivre ensemble et bâtir des projets durables.

Comme le rappelle le Dr Denis Mukwege, reconstruire une société commence par la communauté. Pour créer cet élan, il faut rendre le monde rural attractif : développer des formations adaptées, structurer des filières durables et ouvrir de véritables perspectives professionnelles. Les métiers liés à la protection des forêts et aux transitions écologiques représentent une opportunité réelle. Renforcer les instituts de formation ruraux -et d’autres institutions qui jouent ce rôle localement- devient ainsi une priorité absolue pour transformer cet espoir en réalité.

Pour accompagner cet élan, Alain Huart propose un programme modulable de formation et de partage d’expériences, destiné aux techniciens, gestionnaires de projets, leaders paysans et acteurs du changement. Ces formations s’inscrivent
dans une logique d’efficacité et d’impact : réduction des émissions, gouvernance locale participative, capitalisation des actions et cohérence économique.

Elles réunissent notamment les responsables des comités locaux de développement, engagés dans la régénération des forêts communautaires, la structuration des cultures pérennes, la sédentarisation agricole et l’accès à la finance carbone

Comprendre les grands défis du développement en RDC, c’est d’abord reconnaître
la valeur exceptionnelle de ses écosystèmes : tourbières, mangroves, aires protégées gérées par l’ICCN, réserves de biosphère. Ces paysages concentrent une biodiversité unique et d’immenses stocks de carbone.

Les réponses doivent s’appuyer sur la capacité de régénération de la nature et sur l’implication active des communautés, à travers des processus de consentement libre, informé et préalable (CLIP) et des politiques sociales solides.

L’action en milieu rural repose sur quelques principes clés : appropriation locale, durabilité, respect des savoirs vernaculaires et des droits humains, mécanismes de gestion des plaintes et gouvernance transparente.

Les formations abordent également :
– les critères d’efficacité d’un comité local de développement (CLD),
– l’intégration des approches REDD+ et du suivi communautaire
– l’alignement sur les Objectifs de Développement Durable
– l’aménagement participatif du territoire : cartographie, plan d’affectation des sols, plan de gestion des ressources naturelles
– La foresterie communautaire et le plan simple de gestion
– L’élaboration inclusive de plans de développement local à l’échelle des groupements, secteurs et territoires.

L’objectif : donner aux acteurs locaux les outils pour piloter eux-mêmes un développement rural structuré, cohérent et durable.

Les formations abordent les solutions de réduction de la Déforestation (la REDD+ imbriquée), la finance carbone et les mécanismes de paiements pour services environnementaux (PSE), afin d’ouvrir des perspectives de financement durable pour les territoires.

Elles promeuvent des modèles agricoles sédentarisés et durables : cultures pérennes (café, cacao, palmier), agroécologie, agroforesterie comestible et jardins de case. Les comités locaux de développement jouent un rôle clé dans la gestion des semences, la foresterie communautaire, la régénération naturelle et la mise en défens. Le développement des filières de transformation renforce la valeur ajoutée locale. Enfin, le suivi communautaire (MRV) permet aux populations de mesurer elles-mêmes leurs progrès : réduction des émissions, résilience et amélioration des conditions de vie.

Un projet solide se prépare en amont, grâce à un travail préventif rigoureux et au partage d’expériences entre initiatives. L’évaluation s’appuie sur les Objectifs de Développement Durable (ODD), avec des enquêtes de base et un suivi réalisé par les communautés elles-mêmes.

Des mécanismes simples de plaintes et de recours sont mis en place : formulaires accessibles, traitement transparent et possibilité de réorienter les actions si nécessaire. La redevabilité devient ainsi un levier d’amélioration continue et de confiance.

Les expériences REDD ( déduction de la déforestation et dégradation des forêts) menées en RDC offrent des enseignements précieux. Des réunions de travail et groupes d’échanges inter-projets permettent de croiser les pratiques, d’identifier les réussites et d’ajuster les approches, en lien avec les organisations paysannes. La gestion de projet REDD, les partenariats public-privé et les dynamiques locales montrent que des résultats concrets sont possibles.

Des succès à l’Ouest comme à l’Est du pays démontrent qu’avec une gouvernance solide, une implication communautaire réelle et des modèles économiques viables, la protection des forêts peut devenir un moteur de développement.